Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/317

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aussi son indulgence et son indifférence envers tout ce qui auparavant me révoltait : disparu aussi ce profond regard qui autrefois me troublait et me réjouissait : pas de prières, d’enthousiasmes communs, même nous ne nous voyions plus aussi souvent : il était toujours en route et ne craignait pas, ne regrettait pas, de me laisser seule ; j’étais constamment dans le monde, où je n’avais pas besoin de lui.

Entre nous plus de discussions : je tâchais de lui faire plaisir, il remplissait tous mes désirs et nous paraissions nous aimer.

Quand nous restions seuls, ce qui arrivait rarement, je n’éprouvais pas plus de joie, d’émotion, de gêne que si j’avais été seule avec moi-même. Je savais très bien que c’était mon mari pas un homme étranger, inconnu, mais un brave homme, mon mari que je connaissais comme moi-même. J’étais convaincue que je savais tout ce qu’il dirait et ferait, comment il envisagerait les choses, etc.

Si mes prévisions n’étaient pas justifiées, il me semblait déjà qu’il s’était trompé. Je n’attendais rien de lui. En un mot, c’était mon mari et rien de plus. Il me semblait que ce devait être ainsi, qu’il n’existait pas d’autres relations, et qu’entre nous il n’y en aurait jamais d’autres.

Quand il partait, surtout les premiers temps, je me sentais seule, j’avais peur, je sentais l’importance de son appui. Quand il revenait, de joie je