Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/343

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— Non, laisse-moi parler… tu m’as ôté ta confiance, ton amour même, ton respect, parce que je ne croirai pas que tu m’aimes maintenant après ce qui était auparavant. Non, il me faut d’un coup, dire tout ce qui me tourmente depuis longtemps. Suis-je coupable, je ne connaissais pas la vie, et tu m’as laissé chercher seule… Suis-je coupable, si maintenant j’ai compris moi-même ce qui m’est nécessaire. Quand, il y a un an bientôt, je m’efforçai de retourner à toi, tu me repoussas comme si tu ne comprenais pas ce que je voulais, et toujours de telle façon qu’on ne peut te faire aucun reproche et que je suis coupable et malheureuse ! Oui, tu veux me jeter de nouveau dans cette vie qui aurait pu faire mon malheur et le tien.

— Mais par quoi t’ai-je montré cela ? demanda-t-il avec un effroi et un étonnement sincères.

— N’as-tu pas dit hier et ne répètes-tu pas sans cesse que je ne m’habituerai pas ici, qu’il faut, pour l’hiver, retourner à Pétersbourg qui m’est odieux ? Au lieu de me soutenir, tu évites toute franchise, toute parole tendre et sincère avec moi, et, après, quand je serai tout à fait perdue, tu me feras des reproches et te réjouiras de ma chute.

— Attends, attends — fit-il sévèrement, froidement. — Ce que tu dis, maintenant, n’est pas bien. Cela prouve seulement que tu es mal disposée à mon égard, que tu ne…