Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/47

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— Eh bien, qu’en penses-tu, arriverons-nous au relais ? — demandai-je de nouveau au postillon.

— Jusqu’au quel ? Si nous donnons la liberté aux chevaux, ils nous ramèneront ; mais aller au prochain relais… c’est la perte sûre !

— Eh bien ! Alors retourne, — dis-je.

— Alors, retourner ? — demanda le postillon.

— Oui, oui, retourne !

Le postillon laissa flotter les guides. Les chevaux coururent plus rapidement et, bien que je n’eusse pas remarqué que nous retournions, le vent changeait et bientôt, à travers la neige, nous aperçûmes les moulins.

Le postillon devint plus guilleret et se mit à causer.

— Récemment, comme ça, pendant la tourmente, les chevaux de retour sont partis de l’autre relais, — dit-il — et ils ont passé la nuit dans les meules ; ils ne sont arrivés qu’au matin. Heureusement encore qu’ils se sont tapis près des meules, autrement tout le monde aurait été gelé, tant il faisait froid. Et même, malgré cela, l’un des voyageurs eut les jambes si gelées qu’il fut mortellement malade durant trois semaines.

— Et maintenant il ne fait pas froid, c’est plus calme, — dis-je ; — on pourrait partir ?

— Il fait doux, oui, il fait doux, mais quelle tourmente ! Maintenant, on retourne, ça paraît plus facile, mais la tourmente grandit. On pourrait par-