Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/79

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Pendant ce transfert, en suivant le vent qui me poussait, je m’approchai du second traîneau… Le traîneau, surtout du côté où pour se garantir du vent une armiak était posée sur la tête des postillons, était d’un quart couvert de neige, et de l’autre côté de l’armiak régnait le calme intime. Le petit vieux était couché, les jambes allongées, et le narrateur continuait son récit : « Pendant ce temps, quand le général, c’est-à-dire au nom du roi, vient, c’est-à-dire dans la prison, chez Maria, dans ce temps, Maria lui dit : Général ! Je n’ai pas besoin de toi et ne puis t’aimer, alors tu n’es pas mon amant, mon amoureux, c’est-à-dire le même prince… »

— « À ce moment… » — continuait-il, mais en m’apercevant il se tut et se mit à secouer sa pipe.

— Quoi, Seigneur, vous êtes venu écouter l’histoire ? — dit l’autre, — que j’ai appelé le conseilleur.

— Mais c’est bien gai chez vous, — dis-je.

— Que faire ?… l’ennui… au moins on oublie de penser.

— Eh quoi ! Vous ne savez pas où nous sommes maintenant ?

Cette question, me sembla-t-il, ne plut pas au postillon.

— Qui sait ? Peut-être sommes-nous en plein chez les Kalmiks, — répondit le conseilleur.