Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/125

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L’Angleterre a vécu, — prononça-t-il en fronçant les sourcils et en désignant quelqu’un du doigt. — M. Pitt, comme traître à la nation et au droit des gens est condamné à… Il n’eut pas le temps de prononcer son jugement contre Pitt, se croyant en ce moment Napoléon lui-même et faisant avec son héros la traversée dangereuse par le Pas-de-Calais et occupant Londres, qu’il aperçut, entrant chez lui, un officier jeune, élégant et beau. Il s’arrêta. Pierre avait laissé Boris, garçon de quatorze ans, et ne se le rappelait nullement. Cependant, avec sa spontanéité particulière et ses manières accortes, il lui prit la main et lui sourit amicalement.

— Vous vous souvenez de moi ? — demanda tranquillement Boris avec un sourire agréable. — Je suis venu avec ma mère chez le comte, on dit qu’il n’est pas bien portant.

— Oui, il paraît qu’il va mal, on le trouble toujours, — répondit Pierre, tout en tâchant de se rappeler qui était ce jeune homme.

Boris sentit que Pierre ne le reconnaissait pas, mais il ne crut pas nécessaire de se présenter, et, sans éprouver la moindre gêne, il le regarda droit dans les yeux.

— Le comte Rostov vous invite à venir dîner chez lui aujourd’hui, — dit-il après un silence assez long et gênant pour Pierre.

— Ah ! le comte Rostov ! — fit joyeusement