Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/193

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nue, debout dans le petit salon rond, devant la table sur laquelle étaient servis le thé et un souper froid, en dégustant le thé dans la fine tasse de Chine, sans anse. Près de la table étaient réunis, pour retremper leurs forces, tous ceux qui avaient été, cette nuit, dans le salon du comte Bezoukhov. Pierre se rappelait bien ce petit salon rond avec les glaces et les petites tables. Lors des bals, dans la maison du comte, Pierre qui ne savait pas danser aimait à s’installer dans ce petit salon et à observer comment les dames en toilette de bal, avec des diamants et des perles sur leurs épaules nues, en traversant cette pièce très brillamment éclairée, se regardaient dans les miroirs qui reflétaient un grand nombre de fois leur image. Maintenant, le même salon était à peine éclairé par deux bougies, et, dans l’obscurité, sur une petite table, le thé et les mets étaient posés en désordre ; et les diverses personnes, non plus en fête, qui étaient là, chuchotaient en montrant par chaque mouvement, par chaque parole, que personne n’oubliait ce qui se passait maintenant et allait se passer dans la chambre à coucher.

Pierre ne mangea pas, malgré l’envie qu’il en avait. Il se tourna vers son guide d’un air interrogateur, et il l’aperçut se dirigeant, sur la pointe des pieds, vers le salon de réception où étaient restés le prince Vassili et la princesse aînée. Pierre supposant que cela aussi était nécessaire, après un