Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/21

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pourrais rien vous reprocher, — dit Anna Pavlovna, en levant pensivement les yeux.

Je suis votre fidèle esclave, et à vous seule, je puis l’avouer. Mes enfants, ce sont les entraves de mon existence. C’est ma croix. Je m’explique cela ainsi. Que voulez-vous ?… — Il se tut, en exprimant d’un geste sa soumission à la cruelle fortune. Anna Pavlovna devint pensive.

— Vous n’avez jamais pensé à marier votre fils prodigue, votre Anatole ? On dit — ajouta-t-elle, — que les vieilles filles ont la manie des mariages. Je ne sens pas encore en moi cette faiblesse, mais j’ai en vue une petite personne qui est très malheureuse avec son père, une parente à nous, une princesse Bolkonskaia. — Le prince Vassili ne répondit pas, bien qu’avec la rapidité de calcul et de mémoire particulière aux hommes du monde il montrât par un mouvement de tête qu’il avait pris en considération ce renseignement.

— Non, vous savez que cet Anatole me coûte quarante mille roubles par an, — dit-il, n’ayant plus évidemment la force de retenir le cours de ses pensées tristes. — Il se tut.

— Que sera-ce dans cinq ans, si cela marche ainsi ? Voilà l’avantage d’être père. Elle est riche, votre princesse ?

— Le père est très riche et très avare. Il vit à la campagne. Vous savez, c’est le fameux prince Bolkonskï, révoqué du temps de l’empereur dé-