Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/211

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lourds elle se mit à la table. Elle prit du papier et sa main se mit à courir rapidement.

Voici ce qu’elle écrivait en réponse.

« Chère et excellente amie,

» Votre lettre du 13 m’a causé une grande joie. Vous m’aimez donc toujours, ma poétique Julie. L’absence dont vous dites tant de mal, n’a donc pas eu son influence habituelle sur vous. Vous vous plaignez de l’absence — que devrais-je dire, moi, si j’osais me plaindre, privée de tous ceux qui me sont chers ? Ah ! si nous n’avions pas la religion pour nous consoler, la vie serait bien triste. Pourquoi me supposez-vous un regard sévère, quand vous me parlez de votre affection pour le jeune homme ? Sous ce rapport je ne suis rigide que pour moi. Je comprends ces sentiments chez les autres, et si je ne les puis approuver, ne les ayant jamais ressentis, je ne les condamne pas. Il me paraît seulement que l’amour chrétien, l’amour du prochain, l’amour pour ses ennemis est plus méritoire, plus doux et plus beau que ne le sont les sentiments que peuvent inspirer les beaux yeux d’un jeune homme à une jeune fille poétique et aimante comme vous.

» La nouvelle de la mort du comte Bezoukhov nous est parvenue avant votre lettre, et mon père en a été très affecté. Il dit que c’était l’avant-dernier représentant du grand siècle et qu’a présent