Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/25

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lèvre trop courte et sa bouche demi ouverte — semblait être sa beauté particulière, spéciale à elle.

C’était un plaisir pour tous de regarder cette belle future maman, pleine de santé et de vivacité et qui supportait si facilement son état. Les vieillards et les jeunes gens ennuyés qui la regardaient semblaient devenir comme elle quand ils étaient dans sa compagnie et lui parlaient quelque temps ; qui causait avec elle et voyait à chacune de ses paroles le sourire clair et les dents blanches et brillantes qu’on apercevait sans cesse, se croyait aujourd’hui particulièrement aimable. Et chacun pensait cela.

La petite princesse, en se dandinant, à petits pas rapides, fit le tour de la table avec son sac à ouvrage à la main et, en rajustant sa robe, elle s’assit sur le divan, près du samovar d’argent, comme si tout ce qu’elle faisait était une partie de plaisir pour elle et pour tous ceux qui l’entouraient :

J’ai apporté mon ouvrage, — dit-elle en ouvrant son sac et en s’adressant à tous à la fois. — Prenez garde, Annette, ne me jouez pas un mauvais tour, — dit-elle, s’adressant à la maîtresse de la maison. — Vous m’avez écrit que c’était une toute petite soirée ; voyez comme je suis attifée !

Et elle étendit les bras pour montrer sa robe grise, élégante, garnie de dentelles, ceinte au-dessous de la poitrine par un large ruban.