Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/366

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— Savez-vous, mon cher, — dit Bilibine en l’y rejoignant, — j’ai pensé à vous. Pourquoi partez-vous ? — Et pour prouver l’indiscutabilité de ce qu’il croyait, tous les plis de son visage disparurent.

Le prince André regardait interrogativement son interlocuteur et ne répondait rien.

— Pourquoi partez vous ? Je le sais. Vous pensez que votre devoir est de mourir à l’armée qui est maintenant en danger. Je comprends cela, mon cher, c’est de l’héroïsme.

— Nullement, — dit le prince André.

— Mais vous êtes un philosophe. Soyez-le donc jusqu’au bout, regardez les choses sous un autre aspect et vous verrez que votre devoir, au contraire, est de vous ménager. Laissez cela à ceux qui ne sont bons à rien. On ne vous a pas ordonné de revenir, et d’ici on ne vous a pas laissé partir. Alors vous pouvez rester et partir avec nous où nous entraînera notre malheureux sort. On part, dit-on, à Olmütz, et c’est une ville charmante. Partons tranquillement dans ma voiture.

— Cessez de plaisanter, Bilibine !

— Je vous parle franchement et amicalement. Raisonnons. Où et pourquoi partez-vous maintenant quand vous pouvez rester ici ? De deux choses l’une (sa tempe gauche se plissa) : ou vous n’arriverez pas jusqu’à l’armée et la paix sera conclue, ou vous subirez la défaite et la honte avec