Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/413

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et de s’arranger pour donner de la place au 2e bataillon qui s’approchait. Pendant qu’ils parlaient, les nuages de fumée que le vent faisait osciller de droite à gauche et qui cachaient la vallée et la montagne d’en face couverte de Français en marche, s’ouvraient devant eux comme poussés par une main invisible. Tous les yeux se fixaient involontairement sur cette colonne française qui s’avançait vers nous en serpentant sur les gradins du pays.

On pouvait déjà distinguer le bonnet à poil des soldats : on pouvait déjà discerner les officiers des soldats : on voyait déjà le drapeau se soulever lentement de la hampe.

— Ils marchent bien, — dit quelqu’un de la suite de Bagration.

La tête de la colonne descendait déjà dans la plaine. Le choc devait avoir lieu de ce côté de la descente.

Le reste de notre régiment qui était engagé, en s’arrangeant à la hâte, s’écartait à droite. Derrière, en éloignant les retardataires, s’approchaient en ordre deux bataillons du 6e chasseurs. Ils n’avaient pas encore rejoint Bagration, mais déjà l’on entendait les pas lointains, pesants, cadencés de toute la masse des hommes. Au flanc gauche, marchait au plus près vers Bagration le commandant de la compagnie, un bel homme au visage rond, à l’expression sotte et heureuse,