Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/421

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Déjà les hussards ne pouvaient reculer avec l’infanterie. La retraite à gauche leur était coupée par la ligne des Français. Maintenant, malgré toute l’incommodité du pays, il était nécessaire d’attaquer pour se frayer un chemin.

L’escadron où servait Rostov, qui avait eu à peine le temps de monter à cheval, était arrêté en face de l’ennemi. De nouveau, comme au pont de l’Enns, il n’y avait personne entre l’escadron et l’ennemi, rien, sauf cette même terrible ligne de l’inconnu et de la peur, semblable à la ligne qui sépare les vivants des morts. Tous les hommes présents sentaient cette ligne ; et la question : la franchiront-ils ou non et comment ? les émouvait.

Le colonel s’approcha du front, répondit avec colère aux questions des officiers, comme un homme désespéré de donner un ordre quelconque. Personne ne disait rien de précis, mais dans l’escadron le bruit de l’attaque prochaine circulait. Le commandement : position ! éclata ; ensuite ce fut le cliquetis des sabres tirés des fourreaux, mais personne ne se mouvait encore. Les troupes du flanc gauche, l’infanterie et les hussards sentaient que les chefs eux-mêmes ne savaient que faire et leur indécision se transmettait aux troupes. « Plus vite, que ce soit plus vite, » pensait Rostov sentant qu’enfin le moment était venu d’éprouver le plaisir de l’attaque dont ses camarades hussards lui avaient tant parlé.