Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/440

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— Pétrov ! tu vis ? — demandait l’un.

— On les a arrangés, mon frère. Maintenant ils n’y reviendront plus, — disait un autre. — On ne voit rien. — Comment ont-ils tiré sur les leurs ? — On n’y voit pas plus que dans un four. — Y a-t-il à boire ?

Les Français étaient repoussés une dernière fois. De nouveau, dans l’obscurité la plus complète, les canons de Touchine, encadrés par l’infanterie houleuse, s’avançaient quelque part.

Dans l’obscurité, — comme un fleuve invisible et sombre coulant toujours dans la même direction, — c’étaient les chuchotements, les conversations, les sons des sabots et des roues. Dans la clameur générale, à travers tous les autres sons, les plus clairs de tous étaient les gémissements des blessés. Ils semblaient remplir toutes les ténèbres qui entouraient les troupes ; les gémissements, les ténèbres de cette nuit se confondaient.

Un moment après l’émotion gagna la foule qui s’avançait. Quelqu’un passa sur un cheval blanc avec une suite et, en passant, prononça quelque chose.

— Qu’a-t-il dit ? Où aller maintenant ? Faut-il s’arrêter ? A-t-il remercié ? Les questions avides pleuvaient de tous côtés et toute la masse mouvante commençait à se presser elle-même (évidemment ceux qui étaient devant s’arrêtaient) ; le