Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/442

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fleuve invisible coulant dans les ténèbres, mais c’était comme la mer sombre se calmant et tremblant après la tempête. Rostov regardait et écoutait sans rien comprendre tout ce qui se passait devant lui et autour de lui. Un soldat d’infanterie s’approcha du bûcher, s’accroupit sur la pointe des pieds, passa ses mains dans la flamme et détourna le visage.

— Vous permettez, Votre Noblesse ? — dit-il en s’adressant interrogativement à Touchine. — Voilà je me suis écarté de ma compagnie, Votre Noblesse, et je ne sais pas même où elle est. C’est un malheur !

Avec le soldat, un officier d’infanterie à la joue bandée s’approcha du bûcher et, s’adressant à Touchine, il lui demanda d’ordonner de repousser un peu les canons pour laisser passer les chariots. Derrière le commandant de la compagnie, deux soldats accouraient au bûcher. Ils s’injuriaient et se battaient désespérément en tirant sur un soulier.

— C’est ça, raconte, c’est toi qui l’as ramassé ! Voilà, coquin ! — criait l’un d’eux d’une voix rauque. Après s’approchait un soldat maigre, pâle, ayant au cou un bandage ensanglanté ; d’une voix irritée il demandait de l’eau aux artilleurs.

— Quoi, mourir comme un chien ? — disait-il.

Touchine ordonna d’apporter de l’eau. Ensuite accourut un soldat très gai qui demandait du feu pour les fantassins.