Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/63

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tonnait si visiblement dans un cercle de famille dont Pierre était comme l’un des membres. — Aujourd’hui, en pensant qu’il faut interrompre toutes ces relations chères… Et après, tu sais, André ? — Elle faisait de grands yeux à son mari. — J’ai peur, j’ai peur ! — chuchota-t-elle, et son dos tressaillit. Son mari la regarda, comme étonné d’apercevoir qu’outre lui et Pierre il y avait encore quelqu’un dans la chambre, et avec une politesse froide, d’un ton interrogateur, il demanda à sa femme :

— De quoi as-tu peur, Lise ? Je ne puis comprendre…

— Voilà comme vous êtes égoïstes, vous autres, hommes, tous, tous des égoïstes. Il me quitte de son propre gré, Dieu sait pourquoi, et veut m’enfermer seule à la campagne.

— Avec mon père et ma sœur, ne l’oublie pas, — fit doucement le prince André.

— Quand même seule, sans mes amis… et il veut que je n’aie pas peur.

Sa voix était déjà grognon, la petite lèvre se soulevait en donnant au visage non plus l’expression souriante, mais l’expression bestiale d’un écureuil. Elle se tut, comme si elle trouvait inconvenant de parler devant Pierre de sa grossesse, car en cela était tout le sens de la discussion.

— Je ne comprends pas de quoi vous avez peur, — prononça lentement le prince André sans quitter sa femme des yeux.