Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/118

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Le troisième jouait au clavecin une valse viennoise ; le quatrième, appuyé sur le clavecin, chantait. Bolkonskï n’était pas là. Aucun de ces messieurs, en remarquant Boris, ne changea d’attitude. Celui qui écrivait et à qui Boris s’adressa, se tourna d’un air mécontent et lui dit que Bolkonskï était de service et qu’il aille, s’il avait besoin de le voir, par la porte de gauche, dans le salon de réception. Boris remercia et se dirigea vers le salon de réception. Là il y avait environ dix officiers et généraux.

Au moment où Boris entra, le prince André, en clignant des yeux avec mépris (et une expression particulière de fatigue polie qui exprimait clairement : je ne causerais pas avec vous si ce n’était de mon devoir), écoutait un vieux général russe, décoré, qui, presque sur la pointe des pieds, le visage cramoisi empreint de l’expression obséquieuse du soldat, disait quelque chose au prince André.

— Très bien, veuillez attendre, — dit-il au général, en russe, avec cette prononciation française qu’il affectait quand il voulait exprimer du mépris ; et, en remarquant Boris, le prince André cessa de s’adresser au général (qui courait derrière lui en le suppliant d’écouter encore quelque chose), et, avec un sourire gai, salua Boris. À ce moment Boris comprit clairement ce qu’il pressentait auparavant : que dans l’armée, outre cette