Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/126

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Là il se trouvait en contact avec les ressorts qui guidaient tous les mouvements énormes de ces masses dont il se sentait, dans son régiment, une infime et docile partie. Ils sortirent dans le couloir, derrière le prince Dolgoroukov, et rencontrèrent un homme de petite taille qui sortait de la porte de la chambre de l’Empereur où entrait Dolgoroukov. Il était vêtu en civil, avait l’air intelligent, et sa mâchoire proéminente, loin d’enlaidir son visage, lui donnait de la vivacité et une expression rusée. Cet homme, petit, salua Dolgoroukov comme l’un des siens, et d’un regard fixe et froid, dévisagea le prince André, attendant visiblement que celui-ci le saluât ou lui cédât la route. Le prince André ne fit ni l’un ni l’autre ; son visage exprimait la colère, et le jeune homme, en se détournant côtoya le mur du couloir.

— Qui est-ce ? — demanda Boris.

— Un des hommes les plus remarquables, mais le plus désagréable pour moi. C’est le ministre des Affaires étrangères, le prince Adam Czartorisky. Ce sont ces hommes qui décident du sort des peuples, dit en sortant du palais Bolkonskï avec un soupir qu’il ne put retenir.

Le lendemain les troupes se mirent en marche et avant la bataille d’Austerlitz, Boris ne put revoir Bolkonskï, ni celui-ci aller chez Dolgoroukov, et, pour le moment, il restait dans le régiment Izmaïlovsky.