Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/167

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


parmi les troupes russes, donnaient le signal de la sortie. Aussitôt que l’officier autrichien se montrait près de la tente du commandant de régiment, le commandant commençait à se préparer : les soldats quittaient les bûchers, enfonçaient leurs pipes dans les tiges de leurs bottes, entassaient les sacs dans les charrettes, prenaient leurs fusils et se mettaient en rang. Les officiers boutonnaient leurs uniformes, prenaient leur sabre et leur sacoche, et, en criant, parcouraient les rangs. Les soldats des fourgons et les brosseurs attelaient les chariots et entassaient tous les bagages. Les aides de camp, les commandants de bataillon et de régiment montaient sur leurs chevaux, se signaient, donnaient les derniers ordres, les indications et les explications aux soldats des fourgons qui restaient, et l’on entendait le bruit monotone des milliers de pieds. Les colonnes se remuaient sans savoir où, ne voyant, à cause des hommes qui les entouraient, à cause de la fumée et du brouillard épais, ni le pays qu’ils quittaient ni celui où ils allaient.

En marche, le soldat est entouré, borné et entraîné par son régiment comme le marin par le navire qui l’emporte. Si loin qu’il puisse aller, sous quelque latitude inconnue et dangereuse qu’il puisse être, autour de lui, comme pour le marin, se trouvent toujours les mêmes ponts, les mêmes mâts, les mêmes cordes de son navire, et