Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/222

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Son visage brillait de la joie et de la satisfaction de soi-même.

Les soldats qui portaient le prince André et lui avaient ôté la petite image mise à son cou par la princesse Marie, en voyant la bienveillance de l’empereur pour le prisonnier, s’empressèrent de la lui remettre.

Le prince André ne vit pas qui la lui remit ni comment, mais sur sa poitrine, sous l’uniforme, tout à coup il sentit la petite médaille attachée à la fine chaîne d’or.

« Ce serait bien si tout était clair et simple, comme il semble à la princesse Marie, » pensa-t-il en regardant cette médaille qu’avec tant de piété et de vénération sa sœur lui avait mise. « Comme ce serait bien de savoir où chercher l’aide en cette vie et ce qu’il faut attendre après, au delà du cercueil ! Comme je serais heureux et tranquille si je pouvais dire maintenant : Seigneur, pardonnez-moi ! Mais à qui dirais-je cela ! À une force indéfinie, incompréhensible, à laquelle je ne puis ni m’adresser ni m’exprimer par des paroles : le grand tout, ou rien ! Ou est-ce Dieu qui est là, dans cette amulette que m’a donnée la princesse Marie ? Rien, il n’y a rien de certain outre le néant de tout ce qui m’est compréhensible et la majesté de quelque chose, incompréhensible, mais encore plus important ! »

Le brancard avançait. À chaque secousse il res-