Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/23

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à chacun et à vous aussi, » disait son regard. Et à ce moment Pierre sentait que non seulement Hélène pouvait être sa femme mais devait l’être, qu’il n’en pouvait être autrement.

À ce moment il en était aussi sûr que s’il eût été près d’elle à l’autel. Sûrement, ce sera ; mais quand ? il ne savait pas. Il ne savait pas si c’était bien (il lui semblait même que ce n’était pas bien), mais il était sûr que cela serait.

Pierre baissait les yeux, les relevait et de nouveau voulait la voir aussi lointaine, aussi étrangère pour lui qu’il la voyait chaque jour auparavant. Mais il ne le pouvait plus. Il ne le pouvait pas, comme l’homme qui, regardant à travers le brouillard, prenait une herbe pour un arbre ne peut, après avoir vu l’herbe, croire que c’est un arbre. Elle était très près de lui ; elle exerçait déjà son pouvoir sur lui. Et entre lui et elle il n’y avait plus d’obstacles, sauf ceux que mettait sa propre volonté.

Bon, je vous laisse dans votre petit coin, je vois que vous y êtes très bien, — dit la voix d’Anna Pavlovna.

Pierre, en essayant de se rappeler s’il n’avait pas fait quelque inconvenance, rougit, regarda tout autour de lui. Il lui semblait que tous savaient comme lui ce qui était arrivé.

Quelques instants après, quand il s’approcha du grand groupe, Anna Pavlovna s’adressa à lui : — On dit que vous embellissez votre maison de