Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/259

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IV

Pierre était assis en face de Dolokhov et de Nicolas Rostov. Comme toujours il mangeait et buvait beaucoup et avidement. Mais ceux qui le connaissaient mieux remarquaient en lui ce jour-là un grand changement. Il se taisait tout le temps du repas, en clignant des yeux et fronçant les sourcils, il regardait autour de lui, ou bien fixant ses regards d’un air de complet détachement, il enfonçait son doigt dans son nez. Son visage était triste et sombre, on aurait dit qu’il ne voyait et n’entendait rien de ce qui se passait autour de lui, et qu’il pensait à quelque chose de pénible, d’insoluble.

La question insoluble qui le tourmentait c’était les allusions de la princesse à l’intimité de Dolokhov avec sa femme et une lettre anonyme reçue le matin où on lui disait, avec cette lâche plaisanterie propre à toute lettre anonyme,