Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/280

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En ce moment il souffrait physiquement. Sa poitrine était oppressée, il ne pouvait respirer. Il savait qu’il lui fallait faire quelque chose pour mettre fin à cette souffrance, mais ce qu’il voulait faire était trop terrible.

— Il vaut mieux nous séparer, prononça-t-il d une voix suffocante.

— Si vous voulez, à la condition que vous me donniez la fortune, dit Hélène. — Nous séparer, c’est avec quoi vous pensez m’effrayer !

Pierre bondit du divan, et, en chancelant, il s’élança vers elle.

— Je te tuerai ! s’écria-t-il en arrachant, avec une force qu’elle ne lui supposait pas, le dessus de marbre de la table qu’il souleva en faisant un pas vers elle.

Le visage d’Hélène devint terrible. Elle poussa un cri et fit un bond en arrière : la race de son père se montrait en lui. Pierre sentait l’entraînement et le charme de la fureur. Il jeta la plaque de marbre qui se brisa et, les bras tendus, il s’approcha d’elle et lui cria : « Sortez ! » d’une voix si terrible que toute la maison, avec effroi, entendit ce cri. Dieu sait ce qu’aurait fait Pierre si Hélène ne s’était enfuie de la chambre.