Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/283

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comprit par cette nouvelle officielle que les nôtres avaient été écrasés. Une semaine après le journal apprenant la nouvelle de la bataille d’Austerlitz, le vieux prince reçut de Koutouzov une lettre l’instruisant du sort de son fils.

« Votre fils, — écrivait Koutouzov, — sous mes yeux, le drapeau en main, devant le régiment, est tombé comme un héros digne de son père et de sa patrie. À mon propre regret et à celui de toute l’armée, on ne sait pas, jusqu’ici, s’il est vivant ou mort. Je me flatte ainsi que vous de l’espoir que votre fils est vivant, car au cas contraire, il serait mentionné, parmi les officiers trouvés sur le champ de bataille, sur le registre qui m’a été transmis par les parlementaires. »

Après avoir reçu cette nouvelle, très tard, quand il était seul dans son cabinet de travail, le vieux prince, le lendemain, partit comme à l’ordinaire faire sa promenade du matin, mais il était taciturne avec l’intendant et le jardinier, et bien qu’il eût l’air d’être en colère, il ne dit rien à personne. Quand, à l’heure habituelle, la princesse Marie entra chez lui, il était debout devant son tour et travaillait ; mais, il ne se tourna pas vers elle comme à l’ordinaire.

— Ah, princesse Marie ! fit-il tout-à-coup et d’un ton naturel. Il jeta l’outil (la roue tournait encore par inertie). Longtemps après la princesse Marie se rappelait le craquement affaibli de la