Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/293

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qu’on attendait d’un instant à l’autre, et pour qui l’on avait dépêché une voiture sur la grand’route, on envoya au tournant des hommes à cheval avec des lanternes pour l’accompagner dans le chemin qui était mauvais.

Depuis longtemps déjà la princesse Marie avait laissé son livre. Elle était assise en silence, ses yeux rayonnants fixés sur le visage ridé de sa bonne qu’elle connaissait dans ses moindres détails : sur la mèche de cheveux gris qui sortait du mouchoir, sur un petit pli de la peau sous le menton.

La vieille bonne Savichna, le tricot à la main, racontait, sans entendre ni comprendre elle-même ses paroles, des histoires redites des centaines de fois : comment la feue princesse accoucha de la princesse Marie à Kichinev, avec une paysanne moldave en guise de sage-femme.

— Si Dieu le veut, les médecins ne sont point nécessaires.

Soudain un coup de vent frappa sur l’une des vitres de la chambre (par ordre du prince on ôtait toujours un des châssis, dans chaque chambre, à l’arrivée des alouettes), ouvrit le verrou mal fermé et, tendant le rideau, soufflant le froid et la neige, éteignit la bougie. La princesse Marie tressaillit. La vieille bonne posa son tricot, s’approcha de la fenêtre, et en se penchant se mit à rattraper le châssis. Le vent froid agitait le bout de son mouchoir et sa mèche de cheveux gris.