Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/352

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à s’asseoir près de lui. Il était désagréable à Pierre d’entrer en conversation avec ce vieillard mais, lui obéissant malgré soi, il s’approcha et s’assit près de lui.

— Vous êtes malheureux, monsieur, continua-t-il. Vous êtes jeune, moi, je suis vieux. Je voudrais vous aider dans la limite de mes forces.

— Ah ! oui, dit Pierre avec un sourire forcé. Je vous suis très reconnaissant… D’où venez-vous ?

Le visage du voyageur n’était pas tendre, il était même froid et sévère, et malgré cela, la parole et le visage de sa nouvelle connaissance exerçaient sur Pierre un attrait irrésistible.

— Mais si, par quelque cause, ma conversation vous est désagréable, alors dites-le franchement, monsieur.

Et tout à coup, il eut un sourire tendre, paternel qu’on ne pouvait attendre de lui.

— Non, pas du tout, au contraire, je suis très heureux de faire votre connaissance, — dit Pierre ; et en regardant encore une fois les mains de sa nouvelle connaissance, il remarqua la bague. Il y aperçut la tête de mort, signe des maçons.

— Permettez-moi de vous demander, dit-il… Vous êtes franc-maçon ?

— Oui, j’appartiens à la fraternité des libres maçons, — dit le voyageur en regardant de plus en plus près dans les yeux de Pierre. — Et en mon