Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/384

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répondre à son beau-frère. En outre les paroles des statuts maçonniques : « Sois bienveillant et affectueux » revenaient à sa mémoire. Il fronça les sourcils, rougit, se leva, s’assit, en faisant effort sur soi, pour dire, en ce cas délicat, des choses désagréables à la face d’un homme, pour dire ce que cet homme n’attendait pas de lui. Il était si habitué à obéir à ce ton d’assurance négligente du prince Vassili que maintenant même il sentait qu’il n’aurait pas la force de résister, mais il sentait aussi que tout son avenir dépendait des paroles qu’il allait prononcer : suivrait-il la voie ancienne ou la nouvelle que lui indiquaient les maçons et qui avait tant d’attrait pour lui, et où il était convaincu de ressusciter à une nouvelle vie ?

— Eh bien, mon cher ? — fit d’un ton plaisant le prince Vassili. — Réponds-moi donc « oui » et je lui écrirai de ma part, et nous tuerons le veau gras.

Mais le prince n’achevait pas sa plaisanterie que Pierre, le visage furieux, — qui rappelait alors celui de son père, — prononça tout bas, sans regarder son interlocuteur :

— Prince, je ne vous ai pas appelé chez moi. Partez s’il vous plaît ! Partez ! — Il lui ouvrit la porte. — Partez donc ! répéta-t-il, n’y pouvant croire lui-même, et heureux de l’expression confuse et craintive qui se montrait sur le visage du prince Vassili.