Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/412

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Boukshevden, est enfoncé : nous pouvons penser au second, à Bonaparte. Mais ne voilà-t-il pas qu’à ce moment se lève devant nous un troisième ennemi, c’est l’armée orthodoxe qui demande à grands cris du pain, de la viande, des soucharys, du foin, — que sais-je ! Les magasins sont vides, les chemins impraticables. L’armée orthodoxe se met à la maraude, et d’une manière dont la dernière campagne ne peut vous donner la moindre idée. La moitié des régiments forme des troupes libres, qui parcourent la contrée en mettant tout à feu et à sang. Les habitants sont ruinés de fond en comble, les hôpitaux regorgent de malades et la disette est partout. Deux fois le quartier général a été attaqué par des troupes de maraudeurs et le général en chef a été obligé lui-même de demander un bataillon pour les chasser.

Dans une de ces attaques on m’a emporté une malle vide et ma robe de chambre. L’empereur veut donner le droit à tous les chefs de division de fusiller les maraudeurs, mais je crains fort que cela n’oblige une moitié de l’armée de fusiller l’autre. »

Le prince André avait commencé par parcourir des yeux, mais ensuite, malgré lui, ce qu’il lisait l’intéressait de plus en plus (bien qu’il sût dans quelle mesure il fallait croire Bilibine). Arrivé à ce passage, il froissa la lettre et la jeta. Ce n’était pas ce qu’il lisait dans la lettre qui le fâchait, mais ce