Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/444

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vérité et la vertu, et le bonheur suprême de l’homme consiste à aspirer à les atteindre. Il faut vivre, aimer, croire que nous ne vivrons pas uniquement, comme maintenant, sur un petit espace de terre, mais que nous vivons et vivrons éternellement, là-bas, dans le tout, (il montra le ciel.)

Le prince André, debout, appuyé sur la rampe du bac, écoutait Pierre, et, sans détacher ses yeux, regardait les reflets rouges du soleil sur le bord submergé bleuâtre.

Pierre se tut. Il faisait tout à fait calme. Depuis longtemps le bac était près du bord et seules les ondes du courant avec un faible clapotis frappaient le fond du bac. Il semblait au prince André que le clapotis des ondes accompagnait les paroles de Pierre : « C’est vrai, crois ».

Le prince André soupira, et, d’un regard rayonnant, enfantin, doux, il regarda le visage rouge d’enthousiasme de Pierre, toujours timide devant son imposant ami.

— Oui, si c’était ainsi… — dit-il. — Mais, partons, ajouta le prince André, et, en sortant du bac il regarda le ciel que lui montrait Pierre et, pour la première fois depuis Austerlitz, il vit ce ciel haut, infini, qu’il avait vu quand il gisait sur le champ d’Austerlitz. Quelque chose depuis longtemps endormi, quelque chose de meilleur, qui était en lui s’éveilla tout à coup, joyeux et jeune, en son âme. Ce sentiment disparut dès que le prince André re-