Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/507

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que c’était dépitant de regarder les Français, Rostov se mit à crier avec une chaleur injustifiée qui étonna beaucoup d’officiers.

— Et comment pouvez-vous décider ce qui serait mieux ? — Son visage s’empourprait. — Comment pouvez-vous juger les actes de l’empereur ? Quel droit avons-nous de discuter ? Nous ne pouvons comprendre ni le but, ni les actes de l’empereur !

— Mais je n’ai pas dit un mot de l’empereur ! se justifiait l’officier qui ne pouvait s’expliquer cet emportement autrement que par l’ivresse de Rostov.

Mais Rostov ne l’écoutait pas.

— Nous ne sommes pas des fonctionnaires diplomates, nous sommes des soldats, rien de plus ! continua-t-il. On nous a ordonné de mourir, il faut mourir. Si l’on punit, c’est qu’on est coupable ; ce n’est pas à nous de juger s’il plaît à l’empereur de reconnaître Bonaparte comme empereur et de conclure alliance avec lui, alors, c’est qu’il le faut ainsi. Si nous nous mettons à tout raisonner et discuter, il n’y aura plus rien de sacré ! Alors nous dirons qu’il n’y a pas de Dieu, qu’il n’y a rien ! criait Rostov très mal à propos de l’avis de ses interlocuteurs, mais logiquement selon la marche de ses pensées.

— Notre aflaire, c’est de remplir nos devoirs et ne pas penser, voilà tout, conclut-il.