Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/61

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quitté Paris depuis longtemps et comment lui plaisait cette ville. Anatole répondit très volontiers à la Française, et en souriant et la fixant, il causa avec elle de sa patrie. Dès qu’il avait vu la jolie Bourienne, Anatole avait décidé que même ici, à Lissia-Gorï, on pourrait ne pas s’ennuyer. « Elle n’est pas mal, pas mal du tout cette demoiselle de compagnie. J’espère qu’elle la gardera avec elle quand elle se mariera. La petite est gentille, » pensait-il.

Le vieux prince s’habillait lentement dans son cabinet ; les sourcils froncés, il réfléchissait à ce qu’il devait faire. L’arrivée de ces hôtes le fâchait. « Que sont pour moi le prince Vassili et son fils ? Le prince Vassili est un vaniteux, un homme vide et son fils aussi doit être fameux ! » se disait-il. Il était fâché que l’arrivée de ces hôtes soulevât en son âme la question irrésolue, toujours étouffée, question pour laquelle le vieux prince se trompait toujours lui-même. Elle consistait en ceci : « Me déciderai-je jamais à me séparer de la princesse Marie, à la donner à un époux ? » Le prince ne pouvait se décider à se poser nettement cette question, car il savait d’avance qu’il y répondrait par l’équité et que l’équité, dans ce cas, était en opposition plus qu’avec ses sentiments, mais avec toutes les conditions de sa vie. La vie sans la princesse Marie, bien qu’il semblât l’apprécier très peu, était inconcevable pour le prince Nicolas An-