Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/83

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était blessé !… mon petit… comtesse… promu officier… Dieu soit béni… Comment l’annoncer à la comtesse ?

Anna Mikhaïlovna s’assit près de lui, avec son mouchoir essuya les larmes du comte, la lettre mouillée de larmes, ses larmes à elle, lut la lettre, tranquillisa le comte et décida que jusqu’au thé elle préparerait la comtesse, et qu’après le thé, avec l’aide de Dieu, elle raconterait tout.

Pendant le dîner, elle parla des bruits de la guerre, de Nicolas, demanda à deux reprises quand on avait reçu sa dernière lettre, bien qu’elle le sût déjà, et remarqua qu’il était très possible qu’on eût une lettre aujourd’hui. À chacune de ces allusions, quand la comtesse commençait à s’inquiéter et regardait, toute troublée, tantôt le comte, tantôt Anna Mikhaïlovna, celle-ci, de la façon la plus naturelle, transportait la conversation sur les sujets les plus insignifiants. Natacha qui, de toute la famille, était le mieux douée de la capacité de sentir les nuances de l’intonation, du regard, du jeu de la physionomie, depuis le commencement du dîner, tendait les oreilles et sentait qu’il y avait entre son père et Anna Mikhaïlovna quelque chose concernant son frère et qu’Anna Mikhaïlovna préparait. Malgré sa hardiesse (Natacha savait combien sa mère était sensible à tout ce qui touchait les nouvelles de Nicolas), de tout le dîner elle ne se décida pas à poser une question et, d’in-