Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol9.djvu/164

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lencieux qui accompagne toujours la présence des fiancés. Souvent, assis au salon, tous se taisaient, ou parfois se levaient et les fiancés restaient seuls et se taisaient aussi. Ils parlaient rarement de leur vie future. Le prince André avait peur et honte d’en parler. Natacha partageait ce sentiment, comme tous les autres qu’elle devinait toujours. Une fois, Natacha se mit à l'interroger sur son fils. Le prince André rougit, ce qui maintenant lui arrivait souvent, au grand attendrissement de Natacha, et il dit que son fils ne vivrait pas avec eux.

— Pourquoi ? demanda Natacha étonnée.

— Je ne puis l’enlever à son grand-père et ensuite…

— Comme je l’aimerai ! dit Natacha, devinant aussitôt sa pensée. Mais je sais, vous ne voulez pas qu’il y ait de raison de nous accuser vous et moi.

Le vieux comte s’approchait parfois du prince André, l’embrassait, parfois lui demandait des conseils pour l’éducation de Petia ou le service de Nicolas. La vieille comtesse soupirait en le regardant, Sonia avait toujours peur d’être de trop et tâchait de trouver des prétextes pour les laisser seuls, même quand ce n’était pas nécessaire. Quand le prince André parlait (il contait très bien), Natacha l’écoutait avec fierté ; quand elle parlait, elle remarquait avec crainte et joie qu’il la regardait attentivement. Et elle se demandait : « Que