Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol9.djvu/179

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pour eux, et pour elle pleins d’un sens profond ; si bien que plusieurs fois elle était sur le point de quitter tout et de fuir la maison. En imagination, elle se voyait déjà comme Fedosuchka, en guenilles grossières, marchant sur la route poussiéreuse avec un sac et un bâton, allant sans cesse d’un saint à l’autre sans amour terrestre, sans désirs, et à la fin des fins, là-bas, où il n’y a ni tristesse ni soupirs, mais la joie, la béatitude éternelle.

« J’arriverai à un endroit, je prierai, je n’aurai pas le temps de m’y habituer, d’aimer cet endroit, que j’irai plus loin, jusqu’à ce que mes jambes me refusent le service, et j’irai mourir quelque part, et j’arriverai enfin à cet asile éternel et calme où il n’y a ni tristesse ni regrets, » pensait la princesse Marie.

Mais ensuite, en voyant son père et surtout le petit Nicolas, elle faiblissait dans ses intentions, et pleurait en cachette, se sentant pécheresse, puisqu’elle préférait à Dieu son neveu et son père.