Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol9.djvu/72

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cause de mon amour-propre ; je me place plus haut que lui, c’est pourquoi je deviens bien pire ; parce que lui est indulgent envers mes grossièretés et que moi, au contraire, je nourris du mépris pour lui. Mon Dieu, permets-moi, en sa présence, de mieux voir ma lâcheté, et d’agir de façon à lui être utile, à lui aussi. Après le dîner je me suis endormi, et pendant que je dormais, j’entendis une voix qui me disait nettement à l’oreille gauche : c’est ton jour.

» J’ai rêvé que j’errais dans l’obscurité, et tout à coup j’étais entouré de chiens. Mais je marchais sans crainte. Soudain un petit chien m’attrape le mollet gauche, avec ses dents, et ne me lâche pas. J’essaye de l’étrangler avec mes mains. Dès que je m’en suis débarrassé, un autre encore plus grand se met à me mordre. Je le soulève et plus je le soulève, plus il devient grand et lourd. Et, tout à coup, le frère A… me prenant sous le bras m’emmène à des bâtiments, où, pour entrer, il faut traverser une planche étroite. J’y monte, la planche culbute, et je me cramponne à une haie que mes mains atteignent à peine. Après de grands efforts, je me traîne de telle sorte que les jambes pendent d’un côté et le haut du corps de l’autre côté. Je me retourne et je remarque le frère A… debout sur la haie ; il me montrait une grande allée et un jardin, où se trouvait un beau et grand bâtiment. Je m’éveillai. Dieu, grand ar-