Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/109

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vice mettait en fréquentes relations avec Natalia, captivèrent son cœur fruste et aimant. Elle se décida même à aller chez mon grand-père pour lui demander la permission d’épouser Foka. Mais grand-père accueillit son désir comme une ingratitude, se fâcha, et pour punir Natalia, il la renvoya comme fille de basse-cour dans un village des steppes.

Cependant, six mois plus tard, puisque personne ne pouvait remplacer Natalia, elle revenait à la maison et reprenait ses anciennes fonctions.

En arrivant d’exil en haillons, elle s’était rendue chez mon grand-père, s’était jetée à ses pieds et l’avait prié de lui rendre sa faveur et sa bienveillance et d’oublier un moment de folie qui, jurait-elle, ne reviendrait plus. Et en effet, elle tint parole.

De ce jour Natachka devint Natalia Savichna et se coiffa d’un bonnet : et elle reporta sur sa jeune maîtresse toute la somme d’amour qui était concentrée en elle.

Quand une gouvernante prit sa place près de maman, Natalia reçut les clefs de la réserve et on lui confia le linge et les provisions. Dans ses nouvelles fonctions, elle apporta le même zèle et le même dévouement. Elle ne vivait que pour les intérêts des maîtres, partout elle voyait le gaspillage, le vol, les dépenses, et, par tous les moyens, elle s’efforçait de les empêcher.