Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/125

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— Lève-toi, mon petit, il est temps d’aller au lit.

Aucun regard indifférent ne l’arrête, elle ne craint pas d’épancher sur moi toute la tendresse de son amour. Je ne remue pas, mais plus fortement encore, j’embrasse sa main.

— Lève-toi, mon ange.

De son autre main, elle me touche le cou, et ces doigts fins remuent rapidement et me chatouillent. La chambre est silencieuse, à demi-obscure ; mes nerfs sont excités par le chatouillement et le réveil ; maman est près de moi, elle me touche, je sens son parfum, j’entends sa voix. Tout cela me fait sauter, de mes bras j’entoure son cou, elle serre ma tête contre sa poitrine, et je murmure :

— Oh ! maman, oh ! ma chère maman, comme je t’aime !

Elle sourit de son sourire triste, charmant ; elle prend ma tête à deux mains, la pose sur ses genoux et me baise le front.

— Alors tu m’aimes beaucoup ? — Elle se tait un moment, puis ajoute : — Vois-tu, aime-moi toujours, ne m’oublie jamais ; quand ta maman ne sera plus, tu ne l’oublieras pas ? Tu ne l’oublieras pas, Nikolenka ?

Et elle m’embrasse encore plus tendrement.

— Assez, ne dis pas cela, ma colombe, ma petite âme ! — dis-je en embrassant ses genoux tandis que les larmes coulent de mes yeux en ruis-