Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/139

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parlent toujours comme si quelqu’un les contredisait, bien que personne ne souffle mot : tantôt elle haussait la voix, tantôt elle la baissait graduellement, tantôt, subitement, avec une nouvelle vivacité, elle se mettait à parler et regardait ceux qui ne prenaient plus part à la conversation, comme pour se fortifier par cette vue.

Bien que la princesse ait baisé la main de grand’mère, qu’elle appelait sans cesse ma bonne tante, je remarquais que grand’mère était mécontente d’elle : elle soulevait ses sourcils d’une manière singulière, en écoutant l’explication d’après laquelle le prince Mikhaïlo n’avait pu venir féliciter grand’mère, malgré son vif désir ; et, répondant en russe à la conversation en français de la princesse, grand’mère dit en traînant longuement ses paroles :

— Je vous suis très reconnaissante, ma chère, pour votre attention, et si le prince Mikhaïlo n’est pas venu, c’est bien excusable… il a toujours tant à faire ; et enfin, à dire vrai, quel plaisir pour lui de passer son temps avec une vieille femme ? Et sans laisser à la princesse le temps de contredire ses paroles, elle continua :

— Comment vont vos enfants, ma chère ?

— Mais grâce à Dieu, ma tante, ils grandissent, travaillent, s’amusent, surtout l’aîné, Étienne ; il devient tellement polisson qu’on ne peut rien faire de lui ; mais comme il est intelligent, c’est un gar-