Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/163

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cocher avec deux voyageurs ou une voiture vide qui, au pas, retourne à la maison ; mais voilà, devant notre perron s’arrête une voiture, et moi, tout à fait convaincu que ce sont les Ivine — car ils ont promis de venir de bonne heure — je cours à leur rencontre jusqu’à l’antichambre. Au lieu des Ivine, derrière le bras en livrée qui ouvre la porte, paraissent deux personnes du sexe féminin : l’une grande, enveloppée d’un manteau bleu à col de zibeline, l’autre petite, tout enveloppée d’un châle vert qui ne laisse apercevoir que des petits pieds en bottines fourrées. Sans faire aucune attention à ma présence dans l’antichambre — bien qu’à l’approche de ces dames j’aie cru de mon devoir de les saluer — la petite, en silence, s’approcha de la grande et s’arrêta devant elle. La grande dénoua le mouchoir qui couvrait entièrement la tête de la petite, défit son manteau, et quand le laquais en livrée eut pris tous ces objets pour les ranger, et eut retiré les bottines fourrées, à la place de la personne emmitouflée apparut une ravissante fillette de douze ans, dans une petite robe de mousseline décolletée, avec des pantalons blancs et des petits souliers noirs. Le petit cou blanc était entouré d’un ruban de velours noir, toute la tête était frisée et les boucles, châtain foncé, seyaient si bien à son ravissant visage et à ses petites épaules nues, que personne, pas même Karl Ivanovitch n’aurait pu me faire croire, qu’elles étaient ainsi frisées