Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/216

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les choses les plus ordinaires, qu’elle eût vues elle-même, et au sujet desquelles ne pouvait venir en tête de personne le moindre doute.

Je l’écoutais, retenant mon souffle, et bien que ne comprenant pas tout ce qu’elle disait, je le crus indubitablement.

— Oui, mon petit père, maintenant elle est ici, elle nous regarde, elle écoute peut-être ce que nous disons, — conclut Nathalie Savichna.

Et baissant la tête elle se tut. Ayant besoin d’un mouchoir pour essuyer ses larmes qui coulaient, elle se leva, me regarda droit dans les yeux et dit d’une voix tremblante d’émotion :

— Par ce coup-là, le Seigneur m’a rapprochée de beaucoup de pas vers lui. Que me reste-t-il à faire ici ? Pour qui vivre, qui aimer ?

— Et nous, est-ce que vous ne nous aimez pas ? — dis-je d’un ton de reproche et en retenant à grand’peine mes larmes.

— Dieu sait combien je vous aime, mes petits pigeons, mais je ne puis aimer personne autant que je l’aimais.

Elle ne put en dire d’avantage, et se détournant, elle éclata en sanglots.

Je ne songeais plus à dormir ; assis en silence, côte à côte, nous pleurâmes.

Foka entra dans la chambre. En nous apercevant ainsi, ne voulant pas sans doute nous troubler, il s’arrêta près de la porte et resta silencieux et craintif.