Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/264

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Je ne puis dire quel étonnement produisit sur moi cette découverte ; cependant l’étonnement fit bientôt place à de la sympathie pour l’acte de Volodia : je n’étais plus étonné de son acte lui-même, mais de ce qu’il avait compris qu’agir ainsi est agréable. Et involontairement je voulais l’imiter.

Je passais des heures entières sur le palier de l’escalier, sans aucune pensée, en écoutant attentivement, le moindre mouvement qui se faisait en haut, mais je ne pouvais jamais me résoudre à imiter Volodia, bien que je le désirasse le plus au monde. Parfois, caché derrière la porte, avec un pénible sentiment de jalousie et d’envie, j’écoutais les mouvements qui se faisaient dans la chambre des servantes et il me venait en tête : quelle serait ma situation si j’allais en haut, et voulais, comme Volodia, embrasser Macha ? Que répondrais-je si avec mon nez large, mes mèches hérissées, elle me demandait : « Que voulez-vous ? »

Plusieurs fois, j’avais entendu Macha dire à Volodia. : « En voilà une punition, qu’est-ce que vous voulez de moi, allez-vous en d’ici, polisson… Pourquoi Nikolaï Petrovitch ne vient-il pas ici et ne fait-il pas de bêtises ? »

Elle ne savait pas que Nikolaï Petrovitch, en ce moment même, était sous l’escalier, prêt à donner tout au monde pour être seulement à la place du polisson Volodia.