Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/307

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lemment, je sentis mon visage changer de couleur, et mes lèvres trembler. J’étais sans doute effrayant en ce moment, parce que Saint-Jérôme, en évitant mon regard, s’approcha rapidement de moi et me saisit par la main ; mais aussitôt que je sentis le contact de sa main, perdant toute conscience, et oubliant tout, de fureur, j’arrachai ma main, et de toutes mes forces d’enfant, je le frappai.

— Qu’as-tu ? — dit en s’approchant de moi Volodia qui, avec horreur et étonnement, avait vu mon acte.

— Laisse-moi ! — lui criai-je à travers mes larmes ; — personne de vous ne m’aime, et vous ne comprenez pas comme je suis malheureux ! Vous êtes tous méchants et odieux ! — criai-je, dans un délire quelconque, en m’adressant à toute la société.

Mais en ce moment, Saint-Jérôme, le visage résolu et pâle, de nouveau s’approcha de moi, et je n’avais pas eu le temps de me préparer à la défense que déjà, par un fort mouvement, comme par des tenailles, il serrait mes deux mains et m’entraînait quelque part. La tête me tournait d’émotion : je me rappelle seulement, qu’avec la tête et les genoux je me débattis désespérément, tant que j’eus des forces. Je me rappelle que parfois, mon nez se heurtait à des jambes, que dans la bouche m’entrait un morceau de veston, qu’autour de moi, de tous côtés, je sentais la présence de pieds,