Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/322

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— Qu’as-tu ? — fit-il, en me repoussant du coude.

— Non, je n’irai pas, à aucun prix, — dis-je en me cramponnant à son habit. — Tous me détestent, je le sais, mais au nom de Dieu, écoute-moi ; défends-moi ou chasse-moi de la maison. Je ne puis vivre, je ne puis vivre avec lui, il tâche de m’humilier par tous les moyens, il m’ordonne de me mettre à genoux devant lui, il veut me fouetter. Je ne puis supporter, je ne suis pas un bébé, je ne supporterai pas cela, je mourrai, je me tuerai. Il a dit à grand’mère que je suis lâche, et maintenant elle est malade, elle mourra à cause de moi, moi… avec… lui… au nom de Dieu, fouette-moi, au nom de Dieu, pourquoi… me… tour… mente-t-on ?

Les larmes m’étouffaient, je m’assis sur le divan, et n’ayant plus la force de parler, je laissai tomber ma tête sur les genoux de papa en sanglotant comme si je devais en mourir.

— Qu’as-tu, mon gros ? — dit papa avec compassion en se penchant vers moi.

Il est mon tyran… mon persécuteur… je mourrai… personne ne m’aime ! — À peine pouvais-je parler et des convulsions me prirent.

Papa me souleva dans ses bras et me porta dans la chambre à coucher. Je m’endormis.

Quand je m’éveillai, il était déjà très tard, une bougie brûlait près de mon lit et dans la chambre