Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/326

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j’étais habitué à le considérer comme un membre de la famille, mais Saint-Jérôme était un orgueilleux, très fat, pour lequel je ne sentais rien, sauf ce respect involontaire que m’inspiraient tous les grands. Karl Ivanovitch était un vieillard drôle, un diatka, que j’aimais de tout mon cœur, mais que dans mon idée enfantine, je plaçais cependant au-dessous de moi, quant à la condition sociale. Saint-Jérôme, au contraire, était un jeune homme élégant, joli, instruit et qui tentait d’être sur un pied d’égalité avec nous.

Karl Ivanovitch nous grondait et nous punissait toujours avec sang-froid ; on voyait qu’il considérait cela comme un devoir nécessaire mais désagréable. Saint-Jérôme, au contraire, aimait à se draper dans le rôle de mentor, il était évident qu’il punissait plus pour son propre plaisir que pour notre utilité. Il s’entraînait par son éloquence. Ses phrases françaises pompeuses, qu’il prononçait avec un fort accent sur la dernière syllabe ou sur les accents circonflexes, étaient pour moi franchement déplaisantes.

En se fâchant, Karl Ivanovitch disait : la comédie des marionnettes, polisson, mouche d’Espagne ; Saint-Jérôme nous appelait mauvais sujet, vilain garnement et autres épithètes du même genre, qui blessaient profondément mon amour-propre.

Karl Ivanovitch nous mettait à genoux, le visage vers le mur, et la punition résidait dans le mal