Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/332

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s’entend un grand coup, et la voix grondeuse de Gacha s’approche par l’escalier.

— Voilà, fais-lui du bien, quand elle ne sait elle-même ce qu’elle veut… maudite vie de galériens ! Ah ! que Dieu me pardonne mes péchés ! — murmure-elle en agitant les mains.

— Mes respects, Agafia Mikhaïlovna, — dit Vassili en se levant à sa rencontre.

— Va-t-en ! C’est pas ton respect qu’il me faut, — répond-elle en regardant sévèrement. — Et pourquoi viens-tu ici ? Est-ce la place d’un homme d’aller chez les filles ?

— Je voulais m’informer, de votre santé — fait timidement Vassili.

— Je crèverai bientôt, voilà ma santé — crie Agafia Mikhaïlovna, encore plus en colère et ouvrant largement la bouche.

Vassili se mit a rire.

— Il n’y a pas de quoi rire, et si je te dis : va au diable, va-t’en. Voilà encore un vaurien, un lâche qui veut aussi se marier ! Eh bien ! file, va-t’en !

Et Agafia Mikhaïlovna, en trépignant, passa dans sa chambre et en ferma la porte si fort que les vitres tremblèrent.

À travers la cloison on l’entendit encore longtemps continuer à insulter tout et tous ; en maudissant la vie, elle jetait divers objets et tirait les oreilles de son chat favori : enfin la porte s’ouvrit, et le chat, lancé par la queue,