Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/348

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selle et la poitrine naissante dont l’apparition évidemment, la réjouit et la gêne.

Mais bien que Lubotchka ait grandi avec elle, sous tous les rapports, elle est autre.

Lubotchka n’est pas de haute taille et grâce à la maladie anglaise, ses jambes sont en pattes de canard et sa taille est très vilaine. Ce qu’elle a de bien dans toute sa personne, ce sont les yeux et ses yeux sont vraiment beaux, grands, noirs, avec une expression infiniment agréable et naïve qui ne peut point ne pas arrêter l’attention. Lubotchka est toujours et en tout, simple et naturelle ; Katenka paraît vouloir ressembler à quelqu’un. Lubotchka regarde toujours droit, et parfois, quand elle arrête sur quelqu’un ses grands yeux noirs, elle les y laisse si longtemps qu’on la gronde pour cela en lui faisant remarquer que c’est impoli ; Katenka, au contraire, baisse les paupières, cligne les yeux, et affirme qu’elle est myope, tandis que je sais très bien qu’elle voit admirablement. Lubotchka n’aime pas faire de grimaces devant les étrangers et quand quelqu’un l’embrasse devant des invités, elle prend un air mécontent et dit qu’elle n’aime pas les tendresses ; au contraire, devant les invités Katenka devient surtout tendre envers Mimi, et aime beaucoup, en enlaçant une fillette quelconque, traverser le salon. Lubotchka est une terrible rieuse, et parfois, dans l’accès de rire, elle agite les mains et court par la chambre ; Katenka, au