Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/363

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unis. Leurs opinions étaient tout à fait différentes : Volodia et Doubkov avaient peur de tout ce qui ressemblait aux raisonnements et à la sentimentalité. Nekhludov, au contraire, était enthousiaste au plus haut degré et souvent, malgré les moqueries, il se lançait dans des discussions sur les questions philosophiques et sur les sentiments. Volodia et Doubkov aimaient à causer des objets de leur amour (et ils étaient amoureux de plusieurs à la fois, et tous deux des mêmes). Nekhludov, au contraire, se fâchait toujours sérieusement quand on lui faisait des allusions à sa passion pour une certaine rousse.

Volodia et Doubkov se permettaient souvent de railler aimablement leurs parents ; au contraire, on pouvait mettre Nekhludov hors de lui, en faisant une allusion désagréable à sa tante pour laquelle il avait une adoration enthousiaste. Volodia et Doubkov, après le souper, s’en allaient dans quelque endroit sans Nekhludov, et l’appelaient la jeune fille timide.

Le prince Nekhludov me frappa dès la première fois, tant par sa conversation que par son extérieur. Mais bien que nous eussions beaucoup d’opinions communes — ou peut-être précisément pour cela — le sentiment qu’il m’inspira la première fois que je le vis était loin d’être amical. Son regard mobile, sa voix ferme, son air hautain et surtout l’indifférence absolue qu’il me montrait, me déplaisaient. Souvent, pendant la conversation,