Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/367

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


théâtre où l’appelait Doubkov, et qu’il refusait seulement parce qu’il n’avait pas d’argent et qu’il était sorti pour emprunter au concierge cinq roubles jusqu’à sa prochaine mensualité.

— Bonjour, diplomate ! — fit Doubkov en me tendant la main.

Les amis de Volodia m’appelaient diplomate parce qu’une fois, après le dîner, chez feu ma grand’mère, en causant de notre avenir, elle avait dit que Volodia serait militaire et qu’elle espérait me voir diplomate en frac noir, et coiffé à la coq, ce qui était, à son avis, l’attribut nécessaire du titre de diplomate.

— Où est allé Volodia ? — me demanda Nekhludov.

— Je ne sais pas, — répondis-je en rougissant à la pensée qu’il devinait sans doute pourquoi Volodia était sorti.

— Probablement qu’il n’a pas d’argent, n’est-ce pas, diplomate ? — ajouta-t-il affirmativement, en interprétant mon sourire. Moi non plus je n’ai pas d’argent, et toi, Doubkov, en as-tu ?

— Voyons, — dit Doubkov en tirant sa bourse et en tâtant très soigneusement quelque menue monnaie, avec ses doigts courts. — Voilà cinq copeks, en voilà vingt et crrri…k, — fit-il en faisant de la main un geste comique.

Dans ce moment, Volodia entra dans la chambre.

— Eh bien, allons-nous ?