Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/13

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en faisant le signe de la croix. Une vieille femme se tenait debout, immobile. Une dame, les sourcils étrangement soulevés, lui disait quelque chose à voix basse. Le chantre, vêtu d’une redingote, l’air résolu et diligent, lisait à haute voix, d’un ton qui ne souffrait pas d’objection. Le sommelier Guerassim répandait quelque chose sur le parquet, en marchant à pas légers devant Piotr Ivanovitch. En le regardant faire, Piotr Ivanovitch sentit aussitôt une faible odeur de cadavre en décomposition. Lors de la dernière visite qu’il avait faite à Ivan Ilitch, il avait remarqué dans son cabinet ce sommelier qui remplissait près de lui l’office de garde-malade ; et Ivan Ilitch l’affectionnait particulièrement.

Piotr Ivanovitch continuait à se signer et à s’incliner vaguement ; son salut pouvait s’adresser aussi bien au mort qu’au sacristain, ou aux icones qui se trouvaient sur une table dans un coin de la chambre. Quand ce geste lui parut avoir assez duré, il s’arrêta et se mit à examiner le défunt.

Il était étendu sur le drap de la bière, pesamment, comme tous les morts, les membres rigides. La tête à jamais appuyée sur l’oreiller montrait, comme chez tous les cadavres, un front jaune, cireux, avec des plaques dégarnies sur les tempes creusées, et un nez proéminent qui cachait presque la lèvre supérieure. Il était très changé. Il avait encore maigri depuis que Piotr Ivanovitch