Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/235

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pour lui. Tous travaillaient par couples et Jules ne trouva pas de place. Il continua ses recherches et se trouva bientôt dans une très vieille vigne. Elle était vide. Les ceps étaient morts et tordus, et elle sembla à Jules absolument stérile. « Ainsi est ma vie, se dit-il. Si j’étais venu au premier appel, ma vie aurait été comme le fruit de la première vigne. Si j’étais venu au second appel elle aurait été comme cette autre plantation ; mais maintenant, voilà, ma vie est comme ces sarments vieux et stériles et n’est bonne comme eux qu’à être jetée au feu. »

Et Jules était effrayé de ce qu’il avait fait et de la pensée du châtiment qui l’attendait pour avoir gaspillé toute sa vie. Il devint très triste et se dit : « Je ne suis bon à rien, il n’y a plus de travail pour moi ». Et il ne bougeait pas de place et pleurait ce qu’il avait perdu et ne pouvait retrouver. Tout à coup il s’entendit appeler par un vieillard :

— Travaille, mon frère ! disait la voix.

Jules se retourna et vit un homme très âgé avec des cheveux blancs comme la neige. Il était courbé par l’âge et pouvait à peine remuer les jambes. Il était près d’un cep de vigne et cueillait quelques grappes éparses.

Jules s’approcha de lui.

—- Travaille, mon frère, le travail est joyeux.

Et il lui montra à chercher les quelques grappes