Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/245

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mieux se marier comme autrefois, quand les fiancés ne se voyaient même pas avant le mariage ? continua-t-elle en répondant, comme font beaucoup de femmes, non pas aux paroles de l’interlocuteur mais à celles qu’elle pensait qu’il allait dire. Les femmes ne savaient pas si elles aimeraient, si elles seraient aimées, et elles épousaient le premier venu et étaient malheureuses toute leur vie. Alors vous trouvez que c’était mieux ? dit-elle en s’adressant évidemment plus à moi et à l’avocat qu’au vieillard son interlocuteur.

— On est devenu trop savant, répéta le marchand, en regardant la dame avec mépris et laissant sa question sans réponse.

— Je serais curieux de savoir comment vous prouvez qu’il y a un lien entre l’instruction et les dissentiments conjugaux, dit l’avocat avec un léger sourire.

Le marchand allait répondre, mais la dame le devança.

— Non, ces temps sont déjà passés, commença-t-elle.

L’avocat l’arrêta :

— Non, laissez-lui exprimer sa pensée.

— L’instruction n’engendre que des bêtises, dit résolument le vieillard.

— On marie des gens qui ne s’aiment pas et ensuite on est étonné qu’ils ne vivent pas en bonne intelligence, s’empressa de dire la dame en